Compte-rendu de Hugh Nankivell (UK)

Pour moi, c’était un projet de musique multi- culturelle extraordinaire avec une nouvelle musique merveilleuse, de nouveaux amis, de nouveaux jeux et les reconnexions avec d’anciens collègues dans de nouvelles situations.
Les hauts l’emportent aisément sur les bas et je crois que le projet MAP a été un grand succès.

Cependant, il y avait quelques aspects problématiques et ce bref rapport tente d’expliquer ce qui à mon avis a conduit à ces problèmes.
Différences
Nous avons eu plusieurs réunions à La Carène sur les différences d’approche entre Dean et moi (les responsables anglais) d’un côté, et Stefan et Cédric (les responsables français) de l’autre. Ces discussions ont été douloureuses et difficiles à certains moments et très fatigantes. C’est ici l’occasion de revenir sur certaines de ces différences, que cette réflexion soit un point de départ sur la façon dont nous pourrions développer le projet en Juillet, pour la seconde session.
L’un des débats était de savoir s’il y a des différences pédagogiques entre nous ou si en fait, il s’agit simplement d’une différence d’approche personnelle. Je pense qu’il y a probablement des deux à la fois.

ATELIER / CLASSE
Il y a une grande différence entre la gestion d’un atelier et celle d’une classe. Je pense parfois qu’il s’agit de la même différence entre les feux de circulation (classe) et les ronds-points (atelier). Avec les feux de circulation, l’enseignant est celui qui dit quand il faut aller ou quand s’arrêter et on peut très clairement observer (à partir d’une vue à vol d’oiseau) ce qui se passe à un moment donné. Avec un rond-point, les choix d’aller ou de s’arrêter et d’attendre relève de décisions individuelles, et il est beaucoup plus compliqué de décrire ce qui se passe à tout moment.
Un atelier est l’endroit où quelque chose est fabriqué. Dans un atelier de musique, on fabrique de la nouvelle musique.
A partir de quelques ingrédients de base, nous créons quelque chose de nouveau.
Parfois, je dirige une classe – et j’essaye d’être tout à fait clair quand je fais cela. Par exemple, j’enseigne au groupe une chanson – « Yeah Yeah ». Nous apprenons les parties de bodypercussion et les mélodies vocales, nous combinons les deux, et chantons tous ensembles, en rond. Ce n’est pas un atelier de création, mais un exercice plein de la joie que procure le plaisir de chanter ensemble, avec la double contrainte, écouter et apprendre. Si des gens se trompent (sur une mélodie ou un rythme) j’ai l’habitude de ne pas le signaler à la personne, mais je suggère que nous chantions à nouveau et je fais remarquer au groupe qu’en vérité, arriver à combiner tous les éléments ensemble dans une chanson est difficile, et que je ne m’attendais pas à ce que tout le monde réussisse dès la première fois. Je signale aussi qu’ils peuvent juste chanter ou tout simplement faire des parties de bodypercussion si ils trouvent la combinaison des deux trop difficile.
Cependant, ici, l’essentiel de la résidence s’est intéressé à trouver de nouvelles façons de travailler avec l’autre dans de nouvelles combinaisons et donc dans un processus d’atelier (ou de ronds-points) plutôt qu’une classe. Nous avons demandé au groupe de trouver des façons de faire de la nouvelle musique par paires (un français un Anglais), puis dans des groupes plus grands et mélangés à explorer les idées musicales qui ont émergées. Tout le matériel qui a émergé était valable et applaudi en tant que tel et nous avons pris une partie de ce matériel pour continuer, et laissé quelques propositions de côté.
Dans un groupe rassemblant autant de genres, d’expériences et d’attentes si différentes, il nous semble beaucoup plus fructueux de créer une nouvelle musique à partir des expériences et des fusions des différentes personnes que d’essayer de travailler sur un genre particulier.
Il est relativement facile d’enseigner la musique à une classe si cette musique est très spécifiquement dans un genre (l’enseignement d’un quatuor à cordes de Mozart ou un groupe de Samba ou une reprise d’une chanson de Pink Floyd par exemple) où vous avez un modèle et vous essayez de reproduire ce modèle.
Cependant, dans un contexte où « tout est possible » et « toutes les idées sont en place pour être explorées, développées et échangées », je ne pense pas qu’on puisse travailler comme avec une classe. Ce doit être un atelier. Dans une situation d’atelier, il n’y a pas de « bonne ou de mauvaise chose » comme ça peut l’être dans une situation d’enseignement en classe. (Par exemple, si vous jouez à un quatuor à cordes de Mozart, il est relativement facile de jouer une fausse note).
L’atelier autorise ces différences et ces erreurs, et la créativité et l’exploration d’une manière très différente d’une classe de musique traditionnelle.

PROVOCATION / invention / ARRANGEMENT
Tout le monde peut inventer des idées musicales. Tout le monde a des idées musicales. Tout le monde est créatif.
Dans les contextes d’atelier de musique, je prends ce fait pour acquis. Cependant, je crois que la composition musicale (y compris l’écriture de chansons) et l’improvisation peuvent généralement être divisées en deux activités, à des moments distincts : inventer et arranger. Je suis conscient que dans une situation d’atelier, en tant que compositeur expérimenté, improvisateur et compositeur, j’ai une riche expérience en termes de savoir-faire, de comment la musique peut être organisé. Cela ne signifie pas que mes idées d’arrangement sont meilleures que d’autres, mais cela pourrait signifier que j’ai plus d’expérience et des idées à disposition auxquelles nous pourrions avoir recours lors de la construction de la nouvelle musique.
Ainsi, un atelier dirigé par moi produira une musique nouvelle, où généralement le matériau initial (mélodies, harmonies, des rythmes, des mots …) est créé par le groupe. Je pourrais bien alors jouer un rôle dans l’arrangement de ce matériau pour aider à façonner et modeler.
De toute évidence l’équilibre de la relation entre moi et les participants à l’atelier varie énormément et il se pourrait que je sois à l’initiative de la première proposition (provocation) jusqu’à réaliser tous les arrangements, mais cela est très rare.
La provocation initiale ou point de départ pour la nouvelle musique peut venir de n’importe où, mais dans une situation de groupe elle vient souvent en premier lieu du chef d’atelier, mais après une ou deux séances les provocations pourraient (et peuvent et doivent) venir de n’importe qui dans
le groupe.

Option Provocation Invention Arrangement
1 Hugh Groupe Hugh
2 Hugh Groupe Hugh/Groupe
3 Groupe Groupe Hugh/Groupe
4 Groupe Groupe Groupe
Tableau des options possibles pour voir comment la musique est créée dans une situation d’atelier dirigé par moi.

Cet ordre des options pourrait être considéré comme une ligne idéalisé dans lequel le groupe prend peu à peu tous les éléments de la musique.
A La Carène sur le projet MAP je peux montrer quelques exemples de la façon dont ce scénario fonctionne et comment Dean et Hugh ont travaillé d’une manière différente de Cédric et Stéphane.

Scénario 1
Paddy et Marie travaillent en duo sur la création d’une pièce en utilisant leurs noms comme point de départ. Ils ont exploré les mélodies de leurs noms et ont commencé à les façonner en une pièce à deux voix et Paddy joue aussi de la guitare. Quand je suis allé dans le studio où ils répétaient, j’ai observé qu’ils discutaient beaucoup mais ne faisaient pas beaucoup de musique. Je leur ai demandé s’ils avaient besoin d’aide. Ils ont dit oui. J’ai suggéré à Paddy se concentrer uniquement sur le chant et de laisser la guitare. J’ai senti qu’il était trop influencé par son style habituel, son habitude d’être un guitariste et ne pensait pas assez à l’équilibre du duo et la relation entre lui et Marie. Ils semblaient reconnaissants de cette suggestion et ont ensuite travaillé sur un très simple, mais très agréable duo vocal a capella.

PROVOCATION invention ARRANGEMENT
Hugh (donne les idées) Paddy / Marie Hugh ( se débarrasser de la guitare ) et Paddy / Marie
Scénario 2
Il s’agit d’un scénario plus complexe, mais dans lequel j’assume encore essentiellement un rôle dans le processus d’arrangement.
Violette et Beni étaient venus avec un très beau duo (harpe/ violon 5-cordes) suite à leur première rencontre sur le premier jour.
Le troisième jour, ils le développaient avec Renaud, Annabelle et Alfie. Ils avaient organisé la mélodie initiale et les accords dans une structure plus large et ils jouaient autour et autour d’elle comme une pièce de deux accords en 6/4 temps. Lorsque Dean et moi sommes arrivés dans leur studio, ils semblaient un peu incertains quant à la façon d’aller plus loin et étaient ouverts aux suggestions. Nous avons fait deux suggestions ; tout d’abord d’ajouter une mélodie chantée (un chœur) en opposition au jeu plus rapide des cordes.
Nous avons dû expliquer ce qu’est un chœur et comment ça fonctionne et donné quelques exemples.
Deuxièmement, nous avons proposé qu’ils trouvent des paroles pour que les autres puissent chanter pendant qu’ils jouaient. Nous sommes retournés dans leur studio quelque temps plus tard et nous avons aidé à nouveau le groupe à faire une mélodie de choral simple (ils ont essayé d’adapter un rythme 5/4 pour le chœur contre le 6/4 de la musique originale) et avons expliqué / suggéré qu’il n’y avait pas besoin de faire si compliqué.
Nous les avons aussi aidés à transcrire cette nouvelle mélodie pour la transmettre aux soufflants. Ils avaient trouvé des paroles en français et en anglais, mais n’avaient pas trouvé de mélodie. Cela a été travaillé par la suite avec les quatre chanteurs (Benjamin, Laurine, Marie et Paddy) et la pièce entière a émergé quand le grand ensemble s’en est emparé sur les 2 derniers jours.

PROVOCATION Hugh / Dean (jour 1)
invention Beni / Violette (jour 1)
ARRANGEMENT 1 Beni / Violette / Annabelle /Renaud / Alfie (jour 3)
ARRANGEMENT 2 Hugh / Dean (jour 3)
ARRANGEMENT 3 Benjamin / Marie / Laurine / Paddy (jour 3)
ARRANGEMENT 4 Hugh /Dean / groupe complet (jour 4/5)

Scénario 3
Le troisième jour, Dean et moi avons réparti le groupe dans de nouvelles combinaisons pour chercher des idées. Un groupe était formé de 2 saxophones et 2 basses, ce qui dans notre idée pourrait produire une texture intéressante et dynamique.
PROVOCATION invention ARRANGEMENT
Hugh / Dean Principalement Stéphane mais aussi Louis / Gautier / Quentin Stéphane

Ce groupe n’a pas bien fonctionné, sans doute pour un certain nombre de raisons. Peut-être parce que Dean et moi avons décidé de la provocation sans consulter le groupe (nous espérions que ce groupe et ses textures pourrait fonctionner d’une manière intéressante ensemble).
Mais je crois que c’était principalement parce que Stéphane (l’un des intervenants) a pris la plupart des décisions à la fois sur l’invention et l’arrangement. Il a mené et dirigé le groupe sans prendre le temps de dessiner une trame qui puisse accueillir des idées ou des suggestions ; il a pris le rôle de chef de classe / enseignant.
Le groupe n’était pas vraiment prêt pour cela et trouvé difficile qu’on leur enlève leur autonomie pour être dirigé vers un modèle très difficile (8/8 bar suivie par une barre 9/8) sans groove ou ressenti.
Il me semble que ce groupe avait besoin qu’on lui laisse un peu plus la chance d’explorer de jouer ensemble avant d’être dirigé par l’un des leaders de la musique/musicien encadrant. Je pense aussi que si le reste du groupe avait senti qu’ils possédaient le matériel inventé alors ils auraient été beaucoup plus heureux d’être ensuite dirigé pour mettre en place les arrangements.
Ma compréhension est que si les participants ont un rôle clairement créatif et actif dans l’invention et / ou l’organisation de la nouvelle musique, alors ils se l’approprient et veulent continuer à travailler de manière créative avec ce matériau.
Cependant, ceci est moins susceptible d’être le cas si on leur présente à la fois ce qui aurait dû être leur part d’invention et d’arrangement, surtout si c’est dans le cadre d’un atelier. Je crois que c’est un élément crucial (et parfois subtil) de l’approche différente entre Dean et moi et les intervenants français.
Il aurait été vraiment utile d’avoir exploré ces différences avant de commencer le projet MAP.

SWMS EXPERIENCE
La plupart des étudiants anglais (8/10) avaient au moins un an d’expérience à la South West Music School et ils semblaient vraiment bien préparés pour cette résidence. Ils avaient l’esprit ouvert, heureux de chanter et de bouger, prêts et disposés à écouter et à débattre des idées.
Cette formation est inestimable et il me semble que le groupe français (ainsi que Louis du groupe anglais), ont été tous très heureux d’y participer et ils ont tous ensemble fait que histoire commune.
L’écoute et le respect était peut-être la principale différence. A la nuit open-mic à un moment il n’y avait plus qu’une personne française pour écouter un musicien anglais – les autres discutaient ou fumaient à l’extérieur. Quant aux anglais, ils ont tout écouté.

PRÉPARATION
Dean et moi sommes venus avec un sac plein d’exercices, des jeux, des chansons et des propositions de départ.
Nous étions là pour tous les 5 jours. Cédric était là pendant des jours 1/2 et 4/5 et Stéphane pour les jours 3/4/5. Nous n’avons pas eu d’échanges avec Stéphane avant qu’il arrive le lundi. Ce n’était pas un bon état de choses. Nous n’avions pas d’idées sur son expérience, ses idées ou ses intérêts. Ce n’était pas une bonne préparation.
Etions-nous supposés conduire l’ensemble du projet, soutenus par Cédric et Stefan ? Etions-nous censés mener le projet dans son ensemble et donner une formation professionnelle continue aux intervenants français? Etions-nous supposés être co-leader du projet ? Si c’était le cas, alors ça aurait été difficile de le mener à bien sans aucune communication avec Stefan (et le fait qu’il était absent les deux premiers jours) .

EXPÉRIENCE
Dans la préparation de cette résidence Dean et moi avons parlé de son expérience l’an dernier à La Carène et essayé de planifier celle-ci en conséquence. Il m’a parlé de nettes différences qu’il observe entre sa pratique et celle de Cédric et Manu, l’autre musicien intervenant français de l’année dernière.
Nous avons écrit un long message pour eux et Philippe suggérant des façons de travailler. Nous avons eu une réponse de Cédric qui a suggéré que nous divisions le grand ensemble en 5 groupes et de les laisser travailler ensemble. Notre réponse était que nous devrions vraiment essayer et de développer un ensemble de 20 musiciens et trouver des moyens de travailler avec l’ensemble du groupe. Il a répondu positivement à cette suggestion.

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