Compte-rendu de Cédric Monjour (FR)

Le projet ‘Move And Play’ est une action franco-anglaise permettant de confronter différents modes de transmissions. Avons nous les mêmes priorités quant aux valeurs que nous allouons à l’enseignement, la langue maternelle est-elle une barrière dans l’élaboration de ces modes de transmissions ?
Ma participation au premier stage m’avait alors permis de me plonger dans cette optique mettant en évidence la motivation et la valorisation de jeunes musiciens qui y ont participé. La plupart d’entre eux découvrait pour la première fois la pratique artistique en collectif et le bonheur d’exprimer des émotions à travers cet outil de communication qu’est la musique. Cette première phase m’a permis de rencontrer Dean, un musicien talentueux et un homme généreux. Nous nous étions très vite entendus sur le contenu du stage que nous avions axé sur un processus de création favorisant les échanges entre les différents participants.

Cette deuxième phase du projet Move And Play ne m’a hélas pas donné l’impression de justifier ma présence qui s’est cantonnée à un simple rôle d’accompagnateur, voire d’animateur responsable des 10 musiciens français présents. Il m’a fallu attendre trois jours pour comprendre véritablement le déroulement du stage excellemment bien animé et orchestré par Dean et Hugh.
Plusieurs paramètres m’ont conduis vers une erreur d’interprétation :

1- L’élaboration du contenu et le déroulement du stage. Nous aurions dû établir un temps de concertation au début du stage pour que chaque intervenant propose des idées en liens avec les intérêts fondamentaux justifiant et émanant et de cet échange franco-anglais. Axe principal, la création dans le but d’établir une performance. Les stagiaires composaient durant des sessions en duos ou en quartets des petites pièces vouées à être utilisées dans la création d’une grande pièce improvisée et dirigée par Dean et Hugh. Les exercices d’échauffements corporels et oraux proposés par Dean et Hugh au début de chaque matinée et après-midi faisaient partie de ces éléments.

2- L’interprétation de l’intitulé du stage : Move And Play. Cela peut se traduire par le fait de jouer de la musique ailleurs que dans son environnement habituel. Les français vont en Angleterre, les anglais viennent en France et ces 20 musiciens constituent un ensemble exempte de frontières inhérentes au langage parlé et au besoin d’afficher ou d’affirmer des appartenances à des esthétiques musicales. Mais l’interprétation de cet intitulé à plutôt pris le sens Move : Bouger (corporel, danse) et Play : le jeu (l’amusement). Cette traduction exprime véritablement ce vers quoi Dean et Hugh ont souhaité mener ce stage. Nous aurions échangé sur cette information en début de stage, j’aurais cerné le contenu directement. Cependant de nombreux éléments auraient dû me mettre sur cette voie, je n’ai pas su les cibler.

3- Le niveau musical des stagiaires. C’est un paramètre important que j’aurais souhaité connaître. Les musiciens français sont tous encore étudiants au Conservatoire de Brest. Certains se situent dans des cycles de niveaux moyens et sont demandeurs d’avoir des soutiens techniques et harmoniques même durant ces stages. Pour certains, il s’agissait de leur première expérience collective ou en dehors de leurs esthétiques propres : Violette est une jeune harpiste qui découvre l’amplification et la pratique collective. Pierre-Jacques et Gwen évoluent dans la musique traditionnelle bretonne et composaient pour la première fois.
Les musiciens anglais sont beaucoup plus avancés dans leurs parcours et sont pour la plupart autonomes et en voie de professionnalisation quand ils ne le sont déjà.
Transmettre c’est donner aux autres ce que l’on a appris. Dean et Hugh m’ont transmis une nouvelle façon de transmettre, ils m’ont appris une nouvelle façon d’apprendre ! Cette manière de diriger un ensemble en étant dans la performance (dans le sens musique improvisée) permet une totale liberté d’expression et d’échanges. C’est un concept vers lequel je vais me diriger avec des collègues du Conservatoire qui le pratiquent déjà.
Déroulement du stage :

Ne me considérant pas comme un acteur fondamental dans le déroulement de ce stage, je ne vais simplement qu’appuyer certains faits marquants, laissant Dean et Hugh détailler le processus de création.

Samedi

Après les premiers échanges entre les anglais et les français, nous avons tous été sollicité pour des exercices d’échauffements axés sur un principe de jeu de présentations. En rythme, tous les participants, intervenants inclus, nous nous sommes présentés. Il s’en est suivi des exercices de polyrythmies.
Après une session d’ensemble dirigée par Hugh, des consignes sont apportées pour créer des petites pièces en duo. Manquant un musicien français (Romain), je me suis joint à Stephanie, flûtiste anglaise, et nous nous sommes isolés, comme les 9 autres duos, dans une salle de la Carène.
Stephanie m’a alors proposé un thème sur lequel je me suis mis à chercher un accompagnement. Ce que j’ai joué ne lui plaisait pas, elle m’a donc suggéré un autre type d’accompagnement que j’ai trouvé extrêmement scolaire. Nous avions du mal à communiquer, ma pratique de l’anglais cheminait lentement, ce qui a instauré un sentiment de malaise entre nous deux. Ne souhaitant pas accentuer cela, je me suis plié à sa demande et lui ai demandé de proposer un deuxième thème que j’ai harmonisé et accompagné simplement. Après la pause déjeuner, nous nous sommes tous retrouvés dans le hall de la Carène, endroit que nous allions posséder jusqu’à la fin du stage, pour présenter, après de nouveaux exercices d’échauffements, nos petites compositions.
La deuxième partie de l’après midi a laissé place à un nouveau travail de composition en quartet. Romain nous avait alors rejoint équilibrant ainsi le nombre de musiciens français et anglais. J’ai repris mon rôle d’intervenant et me suis permis d’entrer dans un studio dans lequel Romain (batterie), Stanley (basson), Pierre-Jacques (Flûte traversière en ébène) et Stephanie (Flûte à bec) composaient. Romain et Stanley effectuaient une tournerie rythmique en 3 temps. Stephanie et Pierre-Jacques cherchaient des thèmes. Je leur ai alors suggéré d’en composer un en 6/8 pour accentuer et jouer sur le fait d’un écart de tessiture entre les instruments rythmiques et mélodiques. Je suis resté quelques instants avec eux en proposant certaines choses et suis allé écouter d’autres ensembles dans les studios d’à côté. Dean et Hugues passaient dans les studios pour inciter les stagiaires à faire une pause. Ce qu’ils firent et j’ai alors vu Stephanie en pleur discuter avec Dean. Je me suis tout de suite senti responsable et me suis rendu auprès d’eux. Ils m’ont alors expliqué qu’ils n’avaient pas dormi sur le bateau durant la traversé du fait de mauvais temps. Mais je savais pertinemment que Stephanie n’avait pas apprécié le fait que je m’interpose dans leur exercice de composition. Sur le moment, je me suis demandé quel était mon rôle dans ce stage. Depuis le matin je n’avais simplement fait que suivre, tel un stagiaire, les directives de mes collègues et ma seule intervention ne s’est pas bien conclue. Ce travail de composition en quartet n’a pas abouti.

Dimanche

Le déroulement de cette journée était sensiblement le même que la veille. Des échauffements sur un axe oral/corporel avant d’entamer une session d’ensemble puis de nouveau la constitution de 10 duos avec la présentation des compositions en fin de séance. Je n’ai pas trouvé ma place dans l’organisation de cette journée encore une fois très bien gérée par Dean et Hugh. Etant absent le lendemain, j’ai effectué des transmissions à Stéphane (Sordet) qui intégrait le stage en tant qu’intervenant le Lundi. J’ai conclu cette transmission du déroulement des deux premières journées par le fait de ne pas avoir su m’intégrer à l’équipe encadrante non pas humainement, bien sûr, mais artistiquement.

Mardi

Echauffements, pratique en grand ensemble et consignes pour la suite de la journée. A 11h, Dean, Hugh, Stéphane, Philippe et moi-même nous sommes isolés afin de mettre à plat nos différents concernant le contenu et la conduite de ce stage et les désirs que chacun souhaite y apporter. Ce temps de discution m’a permis de comprendre le fonctionnement de Dean et Hugh et de commencer à me rendre compte de mes erreurs d’appréciations. J’ai demandé une réunion d’ensemble en fin de journée, avec les élèves, afin d’échanger avec eux sur leurs impressions et sur leurs attentes de la prochaine session en Juillet. Tous, sans exception, ont adoré la conduction et le contenu du stage ainsi que les bienfaits de cette rencontre franco-anglaise. Je ne suis pas intervenu durant cette réunion qui a duré près d’une heure, préférant alors écouter les impréssions de chacun. Tous les participants se sont exprimés. Stanley et Stephanie ont appuyé le fait que les intervenants français étaient trop directifs. Ce constat me concernait directement, faisant référence à ma participation sur la première journée. Ce point ponctuait la réunion et Hugh a pris la parole en exprimant son point de vue sur le contenu du stage. Et c’est à ce moment là que j’ai véritablement compris ce vers quoi Dean et Hugh ont souhaité conduire ce stage: Move And Play=> le mouvement corporel et l’amusement! J’en suis resté bouche bée! Ne pas avoir interprété l’intitulé du stage de cette façon m’a plongé dans un sentiment d’échec.
La réunion se terminant, nous avions tous rendez-vous au centre nautique, lieu de résidence de nos amis durant leur séjour. Nous y étions attendus pour partager un moment de musique et de convivialité. Sur le parking de « La Carène », j’ai rejoint Dean pour lui présenter toutes mes excuses et lui avouer mes erreurs liées à ma mauvaise interprétation de l’intitulé du stage. Je me sentais responsable d’avoir fait passer un mauvais moment à Stephanie et Stanley. Mais l’accueil que j’ai reçu avec nos amis anglais lors de mon arrivée plus tardive au centre nautique, notamment avec Stephanie, m’a énormément touché! Plusieurs stagiaires français étaient présents, nous sommes tous allés dîner dans un restaurant. C’était une soirée formidable et mémorable!

Mercredi

Dernière journée du stage. Echauffements et pratique en grand ensemble afin de structurer et d’assembler les compositions des stagiaires. Hugh et Dean axent le travail sur les transitions en y incluant des gestes ou des mimiques inhérentes à l’esprit des compositions. Après le déjeuner nous entâmons un filage de la pièce en la minutant (35 minutes environs). La répétition s’achêve vers 17 heures.
20h30, début du concert. Le public était totalement conquis. Au delà d’une musique riche et émouvante, la cohésion entre les différents musiciens était omniprésente.
Nous sommes tous allés prendre un pôt de fin de stage dans un pub à côté de la Carène. Il y avait véritablement de l’amitié dans l’air, les français sont impatients d’aller en Angleterre en Juillet prochain.

Cette façon de diriger un ensemble est très intéressante. Bien que pour obtenir en 5 jours un résultat aussi efficace il faut que les musiciens participants soient conscients de leur potentiel instrumental, musical et environnemental, il est très facile et intelligent de proposer ce processus de création à des jeunes instrumentistes et en les confrontant à cette liberté d’expression et de création. C’est avant tout un amusement, tant dans le jeu instrumental que dans la conduction.

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