Troisième partie : le point de vue des jeunes

La section finale de cette publication présente ceux qui sont au centre de l’initiative Fondations pour l’excellence : les jeunes danseurs et musiciens talentueux. Nous pouvons ici connaître leurs opinions sur ce qui fonctionne et sur ce qui ne fonctionne pas, en termes d’accompagnement et de soutien.

Ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas…dans le domaine de la musique

Dorothy Nancekievell et Tim English, débattant avec Alfie Weedon, Ben Weedon, Emily Harding, James Aldridge, Paul Zaba et Stanley Kaye-Smith.

Qu’est-ce qui vous a motivé au début de votre parcours musical ?

Un jeune musicien raconte qu’il a commencé à prendre des cours de piano à l’âge de sept ans ; il aimait ça, mais n’était pas passionné. Il a découvert la batterie et la guitare électrique à 11 ans, et lorsqu’il a atteint l’âge de 15 ans, ses connaissances en piano lui permirent de s’attaquer à un répertoire intéressant et il devint enthousiaste et engagé. Il s’est alors inscrit dans une école spécialisée pour se plonger dans le contexte musical. Ce fut un véritable défi à relever, mais ce fut très positif, et les leçons de composition éveillèrent son intérêt pour les traditions classiques.

Un autre musicien explique que la musique a « toujours été omniprésente chez lui », et qu’il essaya plusieurs instruments « parce que c’était ce qu’il fallait faire », mais il n’appréciait pas plus que ça. Une fois à l’école secondaire, il vît tout le monde jouer de la guitare électrique, et cette fois-ci, il commença à y voir un intérêt. Il se mit à improviser, à faire des bœufs, et à apprendre seul. Il participa à un projet qui fournissait un espace hebdomadaire sécurisé pour jouer de divers instruments et qui favorisait la création ; il participa à des compétitions et obtint une place au centre de formation approfondie de la région. Ce n’est que plus tard qu’il passa ses examens scolaires. La terrible expérience de devoir choisir une voie à suivre à l’âge de 17 ans marqua un tournant décisif, alors qu’il n’avait aucune option.

Qui vous a influencé ?

Les jeunes musiciens ont identifié trois influences principales : leurs pairs ; le fait d’écouter et de voir des artistes exceptionnels jouer de leurs propres instruments ; et les professeurs.

D’où tire-t-on la motivation pour continuer lorsque tout devient difficile ?

>> « Être entouré de meilleurs joueurs que moi »

>> « Être confiant de pouvoir apprendre tout ce dont j’ai besoin en m’entourant de ceux qui ont l’expertise »

>> « Avoir la certitude et l’arrogance de penser que je suis capable d’y arriver »

>> « Tirer des enseignements des mauvais moments, pour arriver à m’en sortir »

>> « Avoir une passion pour ce que l’on fait, et pour ceux qui la partagent avec vous »

Avez-vous fait l’expérience d’un moment difficile qui aurait pu être évité ?

Les conseils suivants ont émergé des échanges :

>> « Il vous faut être bien organisé, pas seulement être un bon musicien »

>> « Les mauvais moments ne sont une mauvaise expérience que sur le coup. Il faut réfléchir à ce qui est en train de se produire et identifier les points positifs, un défi n’est pas toujours une chose horrible »

>> « Souvent l’important n’est pas ce qu’ils sont mais comment, par qui et pourquoi ces mauvaises expériences se sont produites. Il est plus difficile d’apprendre de ses propres expériences lorsque d’autres personnes vous traitent ou vous conseillent mal »

>> « Nous pouvons tous savoir ce que nous avons à faire et travailler dans ce sens, nous pouvons aussi travailler pour notre passion : ce qui compte, c’est faire le lien entre les deux »

Que pouvez-vous dire sur le rôle des parents ?

« Les meilleurs parents apprécient ce que tu veux faire, mais ne connaissent rien à ce sujet. »

Les jeunes musiciens décrivent de manière positive le fait de parler avec leurs parents de leur passion pour la musique (qu’il s’agisse de la pratiquer ou au contraire de ne pas la pratiquer), et ils apprécient les contributions pour penser aux conséquences de leurs décisions. Ils considèrent qu’on ne peut pas avoir toutes les réponses à l’âge de 16 ans, et sont conscients que beaucoup de jeunes sont complètement découragés et arrêtent tout lorsqu’ils sont mal conseillés. Ils n’apprécient pas que leurs parents les harcèlent ou leur apportent des conseils « esthétiques ». Un musicien explique son point de vue : « vos parents peuvent vous dire qu’il faut pratiquer la musique, mais faites-le quand vous le voulez, il faut qu’ils apprennent à ne pas s’immiscer. »

Y a-t-il des environnements d’apprentissage qui vous conviennent mieux ?

La variété est jugée importante, un mélange d’opportunités d’apprentissage formelles et informelles procure « les outils et les options pour découvrir votre voix. » Faire l’expérience de différents environnements d’apprentissage vous aide à reconnaître ce qui vous convient et ce qui ne vous convient pas. Il faut écouter « aussi bien son cœur (la passion), que sa tête (les techniques, la compréhension, la théorie) ».

Quels conseils donneriez-vous aux professeurs, avec les connaissances dont vous disposez aujourd’hui ?

La clé est la personnalisation. On aurait tort de penser que l’on peut apprendre tout ce dont on a besoin à l’école, même si la musique doit y être présentée, sinon il se peut que des enfants ou des jeunes ne s’y intéressent jamais. Les écoles devraient baser leur enseignement davantage sur le plaisir et la découverte de la musique, au lieu d’apprendre aux étudiants à lire la musique ou à jouer des morceaux imposés. On met trop l’accent sur les connaissances musicales plutôt que sur le simple plaisir de la musique. Des tests et des examens peuvent être bénéfiques dans le cadre d’un apprentissage structuré.

Avez-vous appris quelque chose pendant votre formation dont vous n’avez jamais eu besoin ?

Les jeunes musiciens considèrent qu’ils apprennent sans cesse. Certaines choses qu’ils ont apprises ne se sont pas encore avérées utiles, et ils ne sont pas toujours conscients de ce qu’ils ont appris avant de s’en servir. L’ordre dans lequel l’apprentissage est réalisé est important, afin de ne pas apprendre quelque chose avant que cela ne soit nécessaire, ainsi que d’être capable de revisiter ce que l’on a appris.

Ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas…dans le domaine de la danse

Niamh Morrin et Erin Sanchez, débattant avec Jack Allen, Elisa Vassena et Stella Papi.

Parlez-nous de vos motivations initiales pour la danse et de ce qui la maintient aujourd’hui

Un jeune danseur explique qu’il dansait partout chez lui depuis l’âge de deux ans et avait été repéré au cours d’un festival à l’âge de sept ans. En raison de son fort désir de danser, il fut malheureusement soumis à un niveau de rejet marqué dans son quartier. Les difficultés rencontrées le poussèrent à choisir une école de formation professionnelle en internat. Une autre motivation fut l’« idée de tout contrôler » de sa personnalité : si tu veux arriver à quelque chose, tu le feras de manière perfectionniste et masochiste !

Un autre danseur avait commencé la danse classique dans une petite école locale à l’âge de six ans, et à 11 ans, il s’intéressa aux styles jazz, moderne et contemporain. Ce qui n’avait été qu’un passe-temps prit plus d’importance et demanda plus de temps. Après l’enseignement secondaire, au lieu d’aller à l’université, il entra dans une école de danse, car il savait que s’il ne tentait pas cette expérience, il regretterait de ne pas avoir essayé de faire carrière dans le domaine de la danse. Au sein de l’école, il ne se sentait plus seul grâce aux professeurs et aux élèves, et le rappel des sacrifices financiers de sa famille maintenaient sa motivation.

Le troisième jeune danseur expliqua que la curiosité maintenait son intérêt : plus il dansait, plus il voulait danser et s’entraînait plus intensivement, jusqu’à obtenir une place dans une école. Le parcours lui-même était une source de motivation.

De quelle manière faites-vous face aux obstacles, au « chemin semé d’embûches » ?

Les jeunes danseurs ont partagé leurs expériences et leurs réflexions :

>> Suivre un programme de traitement pour se remettre d’une blessure, avec une séance de pilâtes pendant l’heure du déjeuner sans perdre ce que les autres élèves sont en train d’étudier ;

>> Bénéficier de l’aide de collègues dont vous vous sentez proches, car vous appartenez au même environnement ;

>> Ne pas rester coincé dans le studio de danse, et se nourrir de « points de vues différents » : connaître le travail des autres et participer à des activités qui ne sont pas liées à la danse ;

>> Obtenir des conseils d’un professeur lorsque l’on traverse une période difficile, et être encouragé à développer d’autres intérêts et passions qui vous rendent également heureux, et peuvent vous inspirer ;

>> Conservez à l’esprit une bonne perspective des choses pour ne pas se prendre trop au sérieux ; vous pouvez faire des erreurs de parcours.

Un des danseurs se souvient toujours du conseil d’un de ses professeurs : « C’est un ballet, pas Bagdad. »

Quels sont les meilleurs environnements d’apprentissage ? Quels sont les différents environnements d’apprentissage dont vous avez fait l’expérience ?

Les jeunes danseurs soulignent l’important des aspects suivants :

>> La relation étudiant/professeur et les rapports entre les étudiant eux-mêmes : meilleure lorsque l’on travaille en collaboration

>> Les professeurs qui ne vous imposent pas un stéréotype et reconnaissent votre individualité, travaillant avec votre corps et votre intelligence propres pour vous guider sur votre propre parcours créatif

>> Des classes à petits effectifs et un travail centré avec des personnes avec qui vous êtes à l’aise

>> Un mélange de camaraderie et de compétition

>> La discipline dans un environnement compétitif positif, dans lequel vous pouvez partager avec vos pairs, sachant que vous pouvez être ouvert et rester vous-même

>> Être encouragé à voir des spectacles, participer à des activités externes, rencontrer des gens, non pas uniquement assister à des cours

>> Un mélange d’apprentissage « passif » et « actif »

>> Des activités avec lesquelles vous pouvez expérimenter, prendre du temps et prendre des risques

Quelles contributions particulières ont été (ou auraient été) utiles au cours de votre apprentissage ?

>> Entreprendre un long projet individuel, avec quelqu’un à qui s’adresser pour obtenir des conseils

>> Davantage d’information quant aux compagnies et au travail appropriés en fonction de votre morphologie et de vos compétences particulières

Quels conseils donneriez-vous aux professeurs ?

Les danseurs prônent une « formation équilibrée » dans laquelle les étudiants auraient accès à beaucoup d’expériences d’apprentissage différentes et pourraient ainsi de forger « plusieurs cordes à leur arc ». Ceci peut être facilité par un respect accru entre les départements et les professeurs et grâce à une meilleure programmation, afin que les étudiants ne se trouvent pas dans une position difficile lorsque des exigences conflictuelles apparaissent dans leur emploi du temps.

Si les danseurs l’ont bien compris, il est important pour les professeurs de leur enseigner comment bien traiter leurs corps et éviter les blessures. Ils veulent également plus de liberté, plus tôt. L’idéal serait d’enseigner la prise de conscience et d’informer sur les outils disponibles pour la prévention des blessures sans éviter les risques qui surviennent lorsque l’on pousse les limites.

Les danseurs invitent à plus de soutien pendant l’entraînement sur les aspects pratiques du travail autonome, et souhaitent pouvoir conserver des relations plus étroites avec l’institution après leur diplôme, comme l’accès à un espace de création et de répétitions, notamment grâce à un programme résidentiel.

Si les sessions organisées pour les pairs et les étudiants plus jeunes ne sont pas monnaie courante, lorsqu’elles ont eu lieu, les jeunes danseurs les considèrent comme un outil d’apprentissage important, qui facilite une plus grande compréhension afin d’observer comment un tiers bouge son corps, et comment être clair dans ses instructions et ses directives.

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