Compte-rendu de Dean Brodrick

Philippe m’attendait à l’arrivée du ferry de Saint-Malo. Pendant les 3 heures du voyage en voiture nous avons trouvé que nous avions beaucoup de choses en commun : nous avions beaucoup travaillé comme improvisateurs pendant les années 80 et 90 et nous sommes tous les deux fans de tant d’artistes  dans ce domaine. J’ai réalisé que j’avais même vu Philippe jouer à la LMC à Londres dans les années 80 lors d’un des nombreux événements que j’avais aidé à organiser.

Philippe n’avait pas encore rencontré la plupart des 20 étudiants inscrits au stage et quelques-uns d’entre eux s’étaient rencontrés auparavant. Quand nous sommes arrivés sur les lieux, nous avons rencontré Cédric, qui, la tête rasée, piercing à la lèvre et tatouage, avait déjà remporté un certain degré de respect de la part des étudiants d’influence rock et leur avait suggéré de se se répartir par groupe de 4/5 (quatuors, quintettes et sextuors) pour commencer à faire une nouvelle chanson dans chacune des 5 salles de répétition.

Chaque studio avait un batteur assis derrière une batterie complète, les 8 guitaristes avec leur ampli ont été distribués dans les studios; il y avait également 2 bassistes, 2 chanteurs, 2 claviéristes, un percussionniste et un violoncelliste, tous commençant d’apprendre à se connaître les uns les autres à travers un PA ??

Studio 1 : PERRINE (clavier), AMBRE (guitare), Mattieu (guitare), ROLIN (basse), ELOUEN (batterie)

Studio 2 : ARTUR (batterie), THEO (basse), SIMON (guitare), OSCAR (guitare), LUCILLE (voix / clavier)

Studio 3 : CHARLES (conga / voix), CHARLES (guitare), ROMAIN (batterie), FLEUR (violoncelle), MARIE (clavier), VIOLAINE (guitare)

Studio 4 : Mattieu (guitare), ANDREI (guitare), Brieg (batterie), GAEL (guitare), Gurvan (guitare)

Studio 5 : PIERRE (batterie), ALEX (guitare), NICOLAS (voix), NATHAN (guitare), LEO (guitare)

J’avais beaucoup parlé à Philippe de mes idées  concernant l’éducation en musique créative et j’avais tenu à rassembler tous les élèves ensemble pour faire un échauffement, quelques jeux, de la musique en groupe, et même du chant et de la danse collective, , de l’improvisation  et de l’expérimentation. Cependant, les groupes séparés dans chaque studio développaient des morceaux et semblaient très heureux de continuer ainsi pour cette première journée.

Alors je me suis présenté à l’ensemble d’entre eux en expliquant que j’étais Anglais, tout en essayant de me souvenir de chacun de leur nom. Certains même que je n’ai pas réussi à prononcer. Mais rapidement, après quelques questions telles que «qui parmi vous chante? », et «qui d’entre vous aime danser? » j’ai pu voir la peur et la panique sur tous les visages ; la tendance générale ici est à l’inhibition.

Je me mis à essayer de détendre l’ambiance d’une manière joyeuse: dans 4 des 5 studios tous les musiciens jouaient assis, je leur ais suggéré de se mettre debout ou en mouvement, car la forme musicale qu’ils avaient tous choisi de développer faisait référence au rock et à la musique pop actuelle en passant par la musique africaine, principalement orientée vers la danse.

Seulement 2 élèves se sont inscrits en tant que «chanteurs» et les autres étaient plus réticents à pratiquer la vocalise.

Il y avait une grande variété de compétences parmi les étudiants; depuis le guitariste qui pouvait à peine frapper la corde et n’avait aucune technique, jusqu’au batteur qu’on pouvait embaucher en toute confiance pour une session de jazz-funk. Mais cela ne doit pas être un obstacle.

En fait, avec un peu d’accompagnement et de suivi, le novice pourrait s’initier de façon approfondie sur les modes de création de la musique, tandis que les plus compétents pourraient développer ses compétences dans la diversité musicale.

Après cette première journée de création collective, je n’ai pas été surpris de voir que le choix s’etait porté sur des genres relativement conservateurs (rock / pop) pour la plupart des groupes. Pas surprenant car le français moyen n’est pas exposé à beaucoup d’autres musiques.

A la fin de la première journée, Philippe, Cédric et moi-même nous sommes réunis pour discuter de la journée passée, et du jour à venir.

Bien que, en théorie,  je suggérais de trouver un moment dans la journée (début et / ou fin), pour rassembler tous les élèves dans un espace unique afin de travailler sur l’improvisation collective et sur des jeux aidant à développer l’écoute et l’échange de compétences, dans la pratique, il est apparu qu’il n’y avait pas d’espace pour cela. Alors, j’ai commencé à repenser la façon d’ouvrir le processus de création pour chaque groupe réparti dans les 5 salles de répétition. Philippe et Cédric étaient rassurés car, d’après eux, le niveau de créativité spontanée et d’écriture collective de chansons était significativement au-delà de ce qu’ils avaient observé ou prévu, même dans des contextes similaires précédents. En général, les étudiants n’avaient consenti qu’à reprendre un morceau existant. La composition des morceaux d’origine avec un groupe d’inconnus est déjà un pas.

J’avais instinctivement envie de les faire sortir de leur zone de confort à certains moments de la journée.

Au cours de la 2e journée Cédric et moi nous nous sommes assis avec les élèves et avons tenté de les aider à construire leurs chansons.

Prenons l’exemple des deux chanteurs :

Je suggérais à la chanteuse, contente  avec le « la la la », et « na na na » comme phonétique vocales, d’écrire quelques paroles, ce qu’elle fit pour le jour suivant. Un seul verset d’une prose en anglais faisait ressentir la déception et la frustration, avec un surprenant choix de ponctuation et la graine d’un chœur potentiel.

L’autre chanteur avait un talent pour l’écriture lyrique spontanée en français sur son phone qu’il tenait devant lui pendant qu’il chantait. Il a été le plus désobligeant sur les chanteurs français qui n’utilisent pas leur langue maternelle pour l’écriture de chansons.

J’ai réussi à persuader un guitariste, très flegmatique et toujours grand adolescent, de composer des paroles et chanter avec son groupe.

Dans le 4ème studio le groupe a trouvé un moment au début de leur odyssée funk pour placer des paroles.

Nous avons encouragé tous les groupes à présenter aux autres stagiaires leur travail en cours à la fin de la journée.

Le troisième jour, la plupart des élèves étaient réticents à se regrouper pour former de nouveaux groupes dans de nouvelles combinaisons. Mais ils ont accepté de composer une autre chanson à présenter aux autres d’ici la fin de la journée.

J’ai passé une grande partie des 3 jours à accompagner les moins expérimentés sur la recherche et le maintien d’un rôle au sein de la nouvelle chanson.

Dans la salle 1 il y avait deux jeunes filles de 13 ans ; pour la jeune guitariste, j’ai proposé 2 baguettes de tambour et une caisse claire. Elle n’osait pas s’asseoir à la batterie, mais je l’ai persuadé de continuer à frapper la caisse claire jusqu’à ce qu’au bout de quelques heures, elle ait trouvé son métronome. Son amie a montré beaucoup de dextérité sur le clavier et n’a pas tardé à apprendre rapidement un morceaux mais il lui a fallu un peu plus de temps pour le placer correctement dans le contexte. Le bassiste de ce groupe, gentil et patient, a attendu que les 2 filles trouvent leurs rôles dans la nouvelle chanson.

D’ici la fin de la journée la jeune batteuse a ajouté un charleston et souriait avec une nouvelle confiance.

Dans la salle 3, le groupe était soutenu par un batteur détendu et compétent. Il  avait également suggéré la mélodie, l’harmonie et la forme  du morceau à laquelle ils se sont consacrés pendant 3 jours. Il y avait une violoncelliste qui se contentait de jouer la même ligne un millier de fois pendant que le reste du groupe expérimentait et faisait des solos autour d’elle. Il m’a fallu l’aider à découvrir le nouvel espace musical dans lequel elle se retrouvait, loin des partitions et de sa pratique classique; elle a alors laissé ses doigts courir sur la corde de do majeur et le reste du groupe s’est mis à jouer doucement afin qu’elle soit entendue.

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Dans cette salle, la jeune fille aux claviers, de formation classique, était la plus timide à l’idée d’un solo. Le difficile processus d’intégration de la voix a commencé avec ce qu’elle joue: «chante ta ligne ».

En passant dans les studios je pouvais parfois trouver Cédric en train de jouer de la air-guitare et de faire une démonstration de «rock’n roll» à un guitariste perplexe afin d’essayer de l’inspirer et de lui faire travailler son attitude.

Dans le studio 4, il y avait 4 garçons guitaristes et un batteur. Ils ont beaucoup appris sur la façon de régler leurs amplis pour créer des sons distinctifs sur leurs instruments, et ils ont trouvé des morceaux  où chacun avait pu trouver son espace.

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En partant de la partie la plus simple j’ai encouragé le batteur à trouver aussi son métronome intérieur avant d’essayer des choses plus complexes.

Dans les 2 dernières heures de la journée, tous les élèves se sont entassés dans chacun des 5 studios et les groupes, un à un, ont joué leurs morceaux devant les autres et ont reçu leurs applaudissements.

Mes impressions à l’issue de ce stage:

L’expérience de travail avec Philippe, Cédric et tous les élèves a été très conviviale et positive. j’ai partagé beaucoup de conversations intéressantes avec Philippe et Cédric, dans lequel nous avons pu comparer les expériences de travail dans la musique et l’éducation. il y avait toujours un sentiment d’excitation et de bonne humeur quand nous sommes allés de studio en studio, ouvrant la porte et trouvant de nouvelles mélodies en cours. Les étudiants se concentraient à améliorer et à peaufiner leur travail. Les journées étaient longues à passer dans un local confiné, mais les heures passaient rapidement avec le plaisir de travailler et de jouer de la musique ensemble. Je me réjouis de ces nouvelles collaborations qui encouragent les élèves à élargir leurs horizons, à faire  de nouvelles expériences dans le temps et dans l’espace, et à faire évoluer leur technique pour répondre aux exigences de leur imagination.

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